Il me regarde ou il ne me regarde pas ?

Non, il me voit mais ne me regarde pas. T’inquiète pas mon mignon, tu vas finir par me regarder. Ca fait longtemps que je joue ce genre de petit jeu et il n’y en a pas beaucoup qui m’ont résistés. J’aime jouer, j’aime le goût que peuvent avoir ces expériences là.

« Expliquez moi qui vous êtes, d’où vous venez, le genre de choses habituelles quoi. »

« J’ai 27 ans, je suis acteur depuis 3 ans maintenant, j’ai travaillé dans les travaux publics mais ça ne me convenait pas beaucoup, donc j’ai décidé de me lancer dans le théatre… »

Ok je comprends mieux maintenant pourquoi t’es gaulé comme un dieu, monter des parpaings, ça entretient à ce que je vois. En tout cas, je me rince bien l’œil en attendant. Regarde moi, baisse pas les yeux. Voilà. Est-ce que tu m’entends hurler mon envie de toi là tout de suite ?

« … voulais retrouver la scène. Lorsque j’étais gamin, à l’école il y avait un club de théatre. Ca m’a beaucoup plu et j’ai continué en association pendant une grosse partie de ma scolarité. Malheureusement, plus on monte dans les études et moins l’emploi du temps… »

Bla bla bla… ils ont tous le même parcours, tu n’y fais pas exception. Jette un coup d’œil à mon chemisier une seconde, je suis sûre que tu vas aimer. J’adore voir les hommes avoir le réflexe de regarder ma poitrine et se rendre compte tout de suite derrière qu’ils n’ont pas intérêt à se faire prendre la main dans le sac. Au moins, j’ai la chance d’avoir le physique et l’audace à la hauteur de mes envies d’hommes. Les femmes de pouvoir ! ils nous craignent tous mais ils ne peuvent s’empêcher de nous lécher les pieds quand on sait le leur demander comme il faut.

«  du coup, j’ai fais une année d’école de théatre, j’ai été très bien noté. Si vous le souhaitez, je peux vous communiquer les coordonnées d’une de mes profs qui pourra vous… »

En fait il est beau mais c’est presque dommage de lui avoir greffé une langue et un cerveau. Il ne se sert comme il faut ni de l’un ni de l’autre.

«  ...pièce dans laquelle je joue en se moment finie dans 1 mois, après je suis libre. »

« Parfait, donc en parlant de pièce, comme je vous le disais au téléphone, le rôle consiste pour vous à jouer dans une pièce en vers et en costume. L’histoire en deux mots : le roi Henri 3 est amoureux et couche avec sa sœur Margot. La reine d’Angleterre arrive travestie en son cousin, Sir Andrew pour arranger avec Catherine de Médicis son mariage avec Henri. La reine est vieille, moche et réputée toujours pucelle. Elle est accompagnée par son serviteur, le Duc de Buckingham. Lui est homosexuel. »

Mais il ne me regarde vraiment pas. Allez, je me lève et je m’assois juste sur le rebord de mon bureau devant lui. Là tu me verras mieux.

« Vous n’avez rien contre jouer un homosexuel, si ? »

« Non, bien sur »

« Je le savais, on voit tout de suite que vous êtes en accord avec votre… virilité. Vous êtes, heu, attrayant, plaisez moi. Mais n’essayez pas d’en faire trop genre vieille folle, il est toujours planqué dans le placard comme on dit. Donc, vous avez appris les passages que je vous ai envoyé ?

« oui »

« Parfais, allez-y donc. Je vous donnerai la réplique en temps que la reine »

« - Here we are Majesty

- Oh Fuck you Buckingham ! don’t call me Majesty anymore

- Yes Madame

- And don’t call me Madame

- I’m sorry but you know, it is so difficult, you are still the queen…”

OK, comme on dit au théatre, Acte 1, scène 2.

« Dites moi, il va falloir travailler votre accent anglais parce que là, c’est vraiment nul, j’ai l’impression d’entendre un français imiter un anglais avec de la gelly dans la bouche. Là ça ne va pas du tout. Pour ce rôle, on doit entendre un anglais parler en anglais puis ensuite parler en français. Continuez ! »

Doucement ma belle, ne le décourage pas, il faut encore qu’il tienne.

« - I will your Majesty

- Oh my god !

- I’m sorry Ma-ïlord, excuse me ! But you know… en français, je peux mieux éviter d’appeler vous « Madame » or « Votre Majesté », Alors que en anglais, ma langue, par réflèxe, salue spontanément la Reine et votre sexe. En Français, je peux vous appeler Sir Andrew… »

« non, stop, non. Mettez y un peu du vôtre. Je sais que si, je dis bien si vous avez le rôle, vous aurez du temps pour travailler cet accent, mais là, faites un effort. Je n’ai pas envie de perdre mon temps »

« Je fais de mon mieux, mais je n’ai appris l’anglais qu’à l’école, mon accent est donc très perfectible. De plus, il faut jouer un anglais qui parle français avec accent alors que c’est ma langue natale. Je vous assure que je fais de mon mieux, mais je dois le travailler »

« Bon, continuez, je vais essayer de vous entendre aussi peu que vous me regardez »

J’adore quand ils font cette tête innocente l’air de ne pas bien comprendre. Alors dans l’ordre on a : l’incompréhension, l’hésitation, et… oui, le voilà, un éclair dans l’œil. Ca y est, tu te repasse le film du début de la séance… et oui, tu commence a te demander si tu rêve ou pas. Bon, c’est bon, je commence à avoir ton attention.

« - … je peux vous appeler Sir andrew mais en anglais, you are My Queen, comprenez-vous ?

- OK. Parlons français, si vous préférez Duc ; mais je vous avertis, je vous change en eunuque si, par une parole ou par un mot fortuits, vous laissez en ces murs deviner qui je suis.

- Je vous promets, Ma…ylord… »

Parfait, pile à l’heure le téléphone.

« Oui Céline ?… ok j’arrive »

Partir sans s’excuser, c’est toujours là où tout bascule, il va avoir le temps de cuire dans ses doutes un petit peu.

5 minutes, généralement ça marche pas mal, il a le temps de se faire plein de films. Allez, encore une petite minute en plus, plus c’est long… Oups, j’ai failli oublier le détail primordial. Hop un bouton dégrafé, je dégage bien le décolleté. Alors voyons, si je me penche un peu, est-ce qu'on voit mon soutien gorge ? oui, parfait. Allez, c’est reparti.

« Donc, où en étions nous ? ah oui, vous me faisiez une promesse… mais on va passer à un autre extrait. Là, votre Reine sait que vous êtes pédé et Margot, la sœur du roi veux vous donner un rendez-vous, hum, coquin… » Allez, je me penche en avant, un air conspirateur et un petit clin d’œil « les dialogues sont un peut plus… osés. C’est parti

- Cherchez vous à me fuir, vous qui vous efforciez tantôt de me séduire ?

- C’est en fait Sir Andrew qui parlait tout à l’heure

- Mais il parlait pour vous

- Son français est meilleur que le mien, c’est certain. Moi, Madame, je dois dire que je suis plus à l’aise dans la langue de Shakespeare

- Shakespeare ?

- yes, un auteur anglais… contemporain

- Ah bon ?! je n’connais pas. En fait je n’connais rien à la littérature. Ne faites pas cette tête-là ! mais c’est vrai : moi, sortie d’Alexandre Dumas…

- Alexandre Dumas ? Je ne sais pas qui c’est

- Vous voyez que vous parlez fort bien le Français.

- Vous me flattez Madame, il est si difficile de bien avoir en bouche… vo… votre langue… subtile »

« qu’est ce qui vous arrive, vous buttez sur le texte ? vous ne l’avez pas bien appris ? le texte vous gène ? »

« … non… non rien de tout ça. Je reprends ? »

La situation t’échappe mon beau ! Et oui, le léger trouble de ce dialogue. Est-on encore dans le dialogue ou déjà dans la conversation ? J’ai remarqué que tes yeux sont attirés inlassablement par mon bouton ouvert.

«  Oui. C’est bien vous le tenez bien là, continuez comme ça. Vous me plaisez »

« - Vous me flattez Madame, il est si difficile de bien avoir en bouche votre langue subtile.

- Ca ! il ne tient qu’à vous pour, qu’entre nous soit dit, ma langue en votre bouche se fonde cher Billy, si en plus de l’apprendre vous vouliez bien la… prendre.

- Madame je ne suis pas certain de tout comprendre

- comprenez que j’accepterais très volontiers de vous donner des cours de langue particuliers. Savez-vous ce que veulent dires ces expressions françaises, comme par exemple « avoir le cul entre deux chaises », ou encore « tête-à-queue » qui vaut bien « tête bèche », et « mettre le petit Jésus dans la crèche » ?

- No, je ne le sais pas

- Duc quand on ne sait pas : « on donne sa langue au chat » ; je vous apprendrai ça, car j’associe toujours le geste à la parole. Venez nous serons mieux pour parler dans ma chambre [Ecoute la bien celle-là, je vais bien l’appuyer et en te regardant bien droit que tu comprenne l’allusion] qui a vu, je l’avoue, pénétrer bien des membres, mais aucun de la Chambre des Lords avant vous.

- Je.. J’en suis flatté, Madame, mais, soit dit entre nous, pour les langues je n’ai jamais été très doué. Par ailleurs, je n’ai guère envie de badiner.

- L’envie vient en goûtant, Milord, et j’imagine qu’il en faut peu pour… faire durcir votre badine.

- Je ne vous comprends pas, Madame, que dites vous ? »

« Je dis qu’un homme comme vous ne peut pas être mou. »

« - C’est vrai, à l’occasion je sais me montrer dur… »

« Montrez-moi, je veux voir. »

« - Oh ! je ne suis pas sûr que nous nous comprenons vraiment en l’occurrence »

«  En ce cas taisons-nous ; laissons parler nos sens. Nos corps se comprendront sans le recours des mots »

« - Rien n’est moins sûr Madame…

- Appelez-moi Hélène… Pardon, j'ai été troublée, je reprends, «  Appelez moi Margot !

- Margot, I’m sorry, but… j’ai avec Sir Andrew un rendez-vous urgent.

- Vraiment ? un rendez-vous ?

- Urgent, oui. Sir Andrew m’attend.

- Où ça ?

- … Dehors.

- Eh bien, il attendra. Allez ! venez Milord »

T’es bien chaud là. C’est le moment de te casser encore une fois et derrière tu sera prêt à faire tout ce que j’ai envie.

« Bon comment ressentez vous ce texte ?

« Ca parait être une bonne comédie, très drôle. Je ne sais pas si les situations sont avérées, mais… »

Allez, c’est parti. Bon alors, en prenant l’air totalement absente, il va commencer à s’accrocher pour être sûr que j’ai son attention… Pas de doute, j’aime être une femme pour le pouvoir que ça apporte sur les hommes. Ils sont faibles, il suffit juste de comprendre comment ils marchent et on peut les mener exactement où l'on veut. Les hommes manquent tellement de psychologie. Il suffit de les aguicher 2 minutes, de leur jouer le petit numéro du "je veux, je veux pas" et juste pour se prouver que se sont eux les plus forts, ils vont se mettre en devoir de coucher. Une femme a tellement plus de moyen soit de déclencher l’envie du mec qui est en face, soit de lui opposer une fin de non recevoir.

« …de toutes façon mes enfants sont trop jeunes, ils n’auraient pas pu voir la pièce. Mais je pense que ma femme aurait beaucoup de plaisir… »

Voilà, le couplet sur la femme et les enfants. C’est bon mon garçon, tu est ferré. Tu as beau gesticuler, te débattre, tu sais maintenant que tu vas succomber. Tu essayes juste d’avoir l’air de te cacher derrière ta famille comme d’un bouclier pour te protéger, que je n’aille pas plus loin. Tu ne fais surtout qu’essayer de te convaincre, de te raccrocher à ce garde fou une ultime fois pour te dire que tu as résisté. Ce n’est que du vent. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tu es capable de souffler toi même sur ce voile. La coupure sur un ton sec, ça marche toujours à ce moment là.

« … En tout cas, ça n’a pas l’air d’être une pièce à laisser entre toutes les mains, mais… »

« Déshabillez vous. »

« P-P-Pardon ? »

Alors, on exagère l’exaspération « Je viens de dire « Déshabillez-vous » »

« Heu… oui bon, mais je ne suis pas sûr d’en comprendre l’intérêt »

Hum, quel corps. Vive le parpaing. « L’intérêt est que le metteur en scène prévoit une scène plus ou moins dénudée. Torse nu s’entend. Aussi, je dois savoir si vous êtes capable de jouer de façon convaincante en petite tenue. Si vous l’avez apprise jouez la tirade de Buckingham au roi Henri 3 que je vous ai envoyé. »

« Bien. - Amants, voilà un rêve étrange et pénétrant ! Yes, en rêve je vous vois dans votre lit royal, nu sous le drap soyeux qui glisse et qui dévoile ce corps qui se raidit quand mes mains vont saisir enfin l’objet secret de mon latent désir. »

« A ce moment, vous devez vous jeter sur moi en tentant de m’extorquer quelques caresses et moi, en temps qu’Henri 3, je dois vous retourner un coup de poing… Bon alors, jetez vous sur moi, je vais pas vraiment vous mettre un pain »

« Non, non, je ne peux pas faire ça, je pense que ce serait plus facile avec un autre acteur. Je m’en vais. »

Vaine dernière tentative de passer pour le chevalier blanc.

« C’est juste une audition, mais si vous ne voulez pas jouer dans la pièce, je ne peux pas vous forcer »

A moitié à poil, sans ton armure, tu n’a plus de défense. Dès que tu vas commencer à me toucher, tu ne pourras pas t’empêcher de continuer. Je vois bien qu’un certain émoi est en train de naître sous ton caleçon. T’es gêné, hein ?

Voila, c’est ce que je disais, incapable de résister. Bon, une petite claque pour la forme… je te repousse 2 secondes… Bon allez toi, tu y aura le droit. J’adore ce moment où après les avoir bien chauffés, j’en laisse au moins tomber la moitié. Ils ont l’air tout perdu. Si ils pouvaient, ils retourneraient tout de suite dans les jupes de leur femme pour pleurer. Cette étincelle d’excitation coupée d’un coup, on dirait un gamin à qui l’on promet un gâteau et qu’on lui refuse au dernier moment.

Non, toi tu as de la chance, tu me plais bien, je vais te laisser faire. T’es jeune et sensible, t’as l’air de bien t’y connaître, tu pourrais bien me faire prendre mon pied.

On peut m’appeler salope. Soit, mais je prends surtout mon pied. Dès qu’on a compris 2 ou 3 choses, il n’y a plus qu’à se baisser pour ramasser les mecs comme des pâquerettes. C’est là que se trouve le vrai pouvoir, l’art de contrôler la braguette et donc le cerveau de la gente masculine. Les hommes contrôlent peut-être le monde, mais ce sont les femmes qui contrôlent les hommes. Et je ne sacrifierai cet avantage pour rien.